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La bataille de la Nouvelle-Orléans


Carte de la position des armées

Lectures supplémentaires :

Le sud en 1814 : arrière plan à la bataille de la Nouvelle-Orléans

La défense de Andrew Jackson

La défense de la Nouvelle-Orléans

Les Britanniques arrivent à Nouvelle-Orléans

L'attaque de la plantation Villere

Massacre à Nouvelle-Orléans

Témoignages de la bataille de la Nouvelle-Orléans

Observations et remarques suite à la bataille de la Nouvelle-Orléans

 

La veille de la bataille de la Nouvelle-Orléans

Début de la soirée du 7 janvier 1814

Le général de division Edward Pakenham est très troublé par la raclée que les canons américains ont infligée à son artillerie. Les canons protégeant la ligne de Jackson se sont montrés beaucoup plus efficaces que les siens lors des nombreux échanges effectués au cours des derniers jours. Mais sa plus grande préoccupation provient de la batterie de canons que Jackson a installés sur la rive ouest du Mississippi et qui sont postés pour tirer directement sur l’axe d’assaut des forces britanniques contre la ligne américaine. Malgré tout, Pakenham est persuadé que le plan que lui et ses officiers ont prévu, résoudra le problème, et que les hommes de Jackson seront bientôt mis en déroute.

En théorie, le plan de Pakenham est brillant. Il a ordonné à ses hommes de prolonger le canal Villere en perçant la digue le long de la rive pour qu’il puisse rejoindre le Mississippi. De cette façon, les Britanniques peuvent se déplacer sur l’eau du bayou Bienvenu jusqu’au fleuve. À la noirceur, la première vague de mille cinq cents soldats pourra débarquer sur la rive ouest du fleuve et s’emparer des canons américains. Ceux-ci pourront, ensuite, être retournés contre les Américains et utilisés pour appuyer l’assaut contre la ligne de Jackson par l’armée de cinq mille hommes qui aura pu avancer sous le couvert du brouillard matinal.

L’intrépide colonel Thornton, qui commandera l’attaque sur la rive ouest, à l’aube, supervise le lent chargement de l’équipement à bord de ses barges. Grâce à l’éreintant travail effectué par les soldats pendant de longues journées, il y a maintenant plus de quarante navires rassemblés dans la nouvelle partie du canal. La plupart des hommes n’ont à peu près pas dormi ces derniers jours. Le froid et l’humidité font leur œuvre et la maladie se propage dans le campement. Cela fait trop longtemps qu’ils sont là. Comme Thornton, un bon nombre de soldats croient qu’ils ont raté l’occasion de s’emparer de la Nouvelle-Orléans après la capture de la plantation de Villere.

Pas très loin de là, lui aussi, souffrant d’une fièvre persistante, Andrew Jackson inspecte ses défenses et se demande si elles seront suffisantes pour arrêter l’armée britannique, imposante tant par le nombre que par la qualité de son entraînement. Depuis douze jours, les Américains travaillent à fortifier cette position sur la rive nord du canal Rodriguez. Jackson a réquisitionné neuf cents esclaves noirs des plantations locales pour ériger un énorme parapet de terre qui s’étend, sur 1 km, de la dense forêt marécageuse jusqu’aux rives du Mississippi. Ces mêmes hommes sont occupés à compléter une deuxième ligne de défense à 2 km à l’arrière, au cas où les Américains seraient forcés de battre en retraite.

Sur le grand fleuve, à la droite de Jackson, sont ancrés les deux gros vaisseaux, le Carolina et le Louisiana, récemment transformés en navires de guerre. Tous deux se sont avérés fort utiles, ces derniers jours, en gardant les Britanniques occupés à esquiver leurs boulets de canon. Ayant eu vent de la possibilité d’une attaque britannique contre ses batteries sur la rive ouest du fleuve, Jackson a dû transférer des canons du Louisiana, ainsi que quatre cents miliciens du général David B. Morgan, pour renforcer cette position. Même cette petite réduction d’effectifs, dans sa ligne principale, inquiète Jackson.

Sa plus grande crainte, depuis les dernières semaines, est de savoir si, oui ou non, il aura assez d’hommes pour arrêter les Britanniques. D’après les renseignements obtenus, leur nombre pourrait être aussi élevé que douze mille. Redoutant aussi que les Britanniques envahissent la ville par le nord, le général américain s’est vu forcé d’envoyer des hommes sur les rives du lac Pontchartrain pour prévenir un désastre. Ceci lui laisse moins de quatre mille hommes le long du canal Rodriguez, nombre d’entre eux étant des volontaires à peine entraînés et piètrement armés.

Tremblant de froid sur ce lopin de terre humide de la Louisiane, aucune des deux armées ne se doute que, deux semaines plus tôt, un traité de paix a été signé dans un calme couvent chartreux à Gand, en Belgique. À peine deux mois plus tôt, le gouvernement britannique était tellement sûr que Pakenham remporterait la victoire à la Nouvelle-Orléans, qu’il l’avait expédié en Amérique, muni d’un document qui le reconnaissait officiellement comme gouverneur de la Louisiane, et qui portait les noms des membres du gouvernement civil conjoint hispano-britannique qui serait établi sur ce territoire. Mais Pakenham ne sait pas que le soleil qu’il voit s’enfoncer dans le Mississippi est le dernier qu’il aura l’occasion de voir.