Guerre de 1812Events and Locationsenglish

La campagne du Niagara de 1814

Carte de la frontière Niagara

 

Lectures supplémentaires :

Le chemin vers Lundy’s Lane : introduction à la campagne de Niagara

La conquête du Fort Erié par les Américains

La bataille de Chippawa

La bataille de Lundy's Lane

 

 

Les Iroquois en 1814

À l’été 1814, les Six Nations iroquoises se retrouvent en pleine crise. Le chef John Norton, qui était pourtant parvenu à rassembler un grand nombre de guerriers provenant de la communauté de Grand River, commence à perdre de son influence. À la fin juin, seulement la moitié des combattants de Grand River iront rejoindre Norton aux chutes Niagara. Aucun d’entre eux n’apprécie devoir affronter ses frères de la région de New York, lesquels désiraient se venger de l’incendie à la réserve Tuscarora. Au campement de Burlington Heights, où les guerriers attendent en compagnie de leur famille, les vivres manquent et l’armée britannique rationne les hommes de Norton depuis plusieurs semaines. Chaque jour, deux ou trois Iroquois, affaiblis par la malnutrition, meurent emportés par la maladie.

Les démêlés de longue date que Norton entretient vis-à-vis le Ministère des Affaires indiennes commencent à influer sur ses engagements à procurer une force de combattants aux Britanniques. Le Ministère des Affaires indiennes, et plus spécifiquement son chef, William Claus, se méfiait depuis longtemps de l’ascendant que pouvait avoir Norton sur les tribus environnantes. Il craignait que Norton et Joseph Brant n’allient leurs forces pour défier l’autorité et contrecarrer les projets expansionnistes de la Couronne.

Norton bénéficiait de l’appui de George Prevost. Après tout, n’avait-il pas contribué à fournir bon nombre de guerriers provenant des tribus de l’ouest et qui combattaient aux côtés des Britanniques? Une centaine d’entre eux campait à Grand River, tandis que plus de 500 s’étaient installés à Fort George, sous la gouverne de Phineas Riall. Toutefois, c’était au sein de sa propre communauté que l’emprise de Norton diminuait.

Les Iroquois de Grand River, rassemblés à Burlington, souffraient de maladie et de malnutrition. On jeta le blâme sur Norton qui avait conclu cette funeste alliance avec l’armée britannique. Norton jeta de l’huile sur le feu, lorsqu’à son retour de Québec, où Prevost lui avait remis des provisions pour ses hommes, il distribuait la nourriture à ceux-ci selon l’ardeur qu’ils démontraient au combat. Ce mode de rétribution des plus cruels était le fait d’un homme désespéré. Le Ministère des Affaires indiennes tira avantage de la dissension qui s’installait pour s’allier plusieurs chefs Mohawks, en leur promettant plus de pouvoirs et de présents.

Le conflit qui régnait entre les Six Nations réparties des deux côtés de la rivière Niagara, minait le moral des combattants. L’entente conclue entre les tribus au début du conflit était brisée. Déjà, l’été précédent, le vent avait commencé à tourner lorsque les Américains s’étaient emparés de Fort George. Un certain nombre d’Iroquois de New York ayant participé à l’assaut, les tribus de Grand River leur imputaient plusieurs pertes de vie. Puis, peu de temps après, lorsque les Britanniques attaquèrent Black Rock, le chef seneca Young King considéra la chose comme un empiétement sur ses terres et s’allia aux Américains pour repousser les Britanniques.

En décembre 1813, les Britanniques arrachèrent Fort Niagara aux Américains. Les vainqueurs et les hommes de Norton célébrèrent l’événement par une beuverie pendant laquelle ils fomentèrent un plan pour détruire le village de Tuscarora. Ils feraient cela en représailles à la rupture de l’entente d’impartialité, lors de l’assaut sur Fort George. Suite à cette bévue, plus de 500 Senecas, Tuscaroras et Onondagas s’allièrent aux Américains.

Tous ces éléments contribuèrent à la désertion des Iroquois de la guerre de 1812. Autant les Britanniques que les Américains perdirent le soutien de ce que plusieurs commandants militaires décriront comme " les meilleures troupes d’infanterie au monde ". En juillet 1814, Norton se retrouva accompagné d’à peine 200 hommes aux chutes Niagara, parmi lesquels plusieurs questionnaient son leadership. Leurs cousins traversèrent la rivière Niagara et combattirent aux côtés des Américains. Malgré cela, il faudra une confrontation encore plus sanglante, dans la forêt près de la rivière Chippewa, pour que les Iroquois réalisent à quel point cette guerre les aura divisés.